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La Bataille de Villers-Bocage : 13 et 14 juin 1944

Le 12 juin 1944, soit six jours après le Débarquement, les troupes américaines sont aux portes de Caumont-L’Eventé.
Le général Montgomery profite de cette avancée rapide de l’armée américaine pour porter immédiatement un nouveau coup aux forces allemandes. Son objectif principal est la ville de Caen qu’il décide de contourner par l’ouest. Tilly-sur-Seulles étant fortement défendue par la Panzer Lehr Division, il lance la 7e Division Blindée Britannique vers Villers-Bocage.

Rue principale de Villers-Bocage

I) Les forces en présence

Les forces Allemandes:

Michael Wittmann

SS-obersturmführer Wittmann (© Bundesarchiv)


Michael Wittmann est souvent considéré comme le personnage central de cette bataille. Tankiste réputé, ses nombreuses victoires sur le front de l’est furent utilisées par la propagande du Reich. Bien qu’il fût un soldat aguerri, sa réussite le 13 juin 1944 à Villers-Bocage est à relativiser, elle est surtout la conséquence d’une immense erreur britannique qui a été d’avancer des blindés sans faire de reconnaissance au préalable et sans l’aide de fantassins.

Né en 1914 à Vogelthal en Bavière, il intègre en 1936, après son service militaire, le régiment d’élite Leibstandarte SS Adolf Hitler, une des 38 divisions Waffen SS. En septembre 1939, il participe à la campagne de Pologne où il commande une automitrailleuse. En 1941, il est envoyé sur le front de l’est avec la 13 Kompanie qui devient en 1943 le bataillon SS chars lourds n°101. Il détruit de nombreux blindés soviétiques et reçoit début 1944, la croix de chevalier et les feuilles de chêne de la main d’Hitler.
Au printemps 1944, il est envoyé au château d’Elbeuf-en-Bray où il part vivre avec sa femme. Avec son bataillon, il réalise des manœuvres d’entrainement près de Beauvais.

Château de Elbeuf-en-Bray où réside Wittmann et sa femme en avril/mai 1944
Manœuvre d’entrainement du bataillon près de Beauvais, printemps 1944 (Bundesarchiv)

Le 6 juin, le bataillon reçoit l’ordre de rejoindre le front de Normandie. Wittmann dirige la 2e Kompanie soit 14 chars Tigre. Le 12 juin, la kompanie arrive à Epinay-sur-Odon, il ne reste plus que 6 chars. Le poste de commandement (PC) du bataillon s’installe à Baron-sur-Odon. Dans la nuit du 12 au 13 juin, Wittmann rejoint la cote 213 à proximité de la Route Nationale 175.  Il camoufle ses blindés au lieu-dit les Hauts Vents.  À environ 10km au nord dans le secteur de Tilly-sur-Seulles, se trouve la Panzer Lehr Division dirigée par le général Bayerlein, qui pose de nombreuses déconvenues aux alliés.

Emblème du Bataillon SS chars lourds n°101
Emblème de la Panzer Lehr Division


Les forces Britanniques:

7e Division Blindée

Insigne de la division (Gerboise rouge)

La division fait partie du XXXe Corps d’Armée et elle est dirigée par le Major Général Erskine. Entre 1940 et 1942, elle combat en Afrique du Nord contre l’Africa Korps du maréchal Rommel et participe à la bataille d’El Alamein. En septembre 1943, elle est envoyée en Italie, débarque à Salerne, libère Naples puis en novembre rejoint l’Angleterre. La division débarque en Normandie, le 7 juin 1944, à Arromanches.

La 7e Division Blindée à El Alamein en Octobre 1942 (IWM)

Elle utilise deux types de chars de combat : le char Cromwell dont le producteur est le Royaume-Uni et le char Sherman fabriqué par les Etats-Unis.

Cromwell
Sherman

Avant l’attaque : les bombardements


Entre le 11 et le 15 juin, la ville de Aunay-sur-Odon située à 8km au sud de Villers-Bocage est durement touchée par les bombardements Alliés.
Considérée comme un nœud routier important pour l’ennemi, le bourg est rasé pour empêcher l’arrivée des renforts allemands.


II) Le 13 juin 1944

Carte générale de la bataille

Les combats du matin:

Les premiers régiments partent vers 5h30 de Livry, où se situe le quartier général de la division.

Les premiers éléments britanniques arrivent vers 8h à l’entrée de Villers-Bocage par la route de Caumont-L’Eventé. Ce n’est pas toute la division qui pènetre dans Villers-Bocage, les 2 régiments qui traversent la ville sont : le 4th County of London Yeomanry et la First Rifle Brigade Regiment (Voir la carte ci-dessous). Les autres régiments sont placés en attente ou en réserve.

Ils traversent la ville et s’installent sur la côte 213, les véhicules blindés sont serrés les uns derrière les autres. Plus bas en haut de la rue Georges Clémenceau 4 chars Cromwell sont stationnés et servent de poste de commandement pour le régiment 4th County of London Yeomanry (CLY)

Tout en bas de Villers-Bocage, place Jeanne d’Arc, chars Sherman sont garés en attente. Sur la route de Caumont l’Eventé, plus précisément dans la vallée du Coudray, l’artillerie installe des canons automoteur .  

Dans le bourg l’enthousiasme gagne les soldats, l’accueil est chaleureux, quelques habitants sortent avec des bouteilles. Deux allemands sont faits prisonniers, le premier avec sa bicyclette,  le second en panne de side-car. Ils sont hissés sur le char tête pour servir de guide, mais parviennent à s’échapper à travers champs. Le lieutenant-colonel Cranley, qui commande le régiment 4th CLY, quitte son char Cromwell stationné haut de la rue Clémenceau, et rejoint la côte 213 en scout-car, et s’aperçoit que ses hommes sont allés trop loin sans faire de reconnaissance, il y a des dizaines de véhicules blindés, tous les uns derrières les autres, pare-chocs contre pare-chocs. 

Wittmann caché au lieu dit Les Hauts Vents, depuis son poste de commandement, aperçoit à la jumelle tous les mouvements.

Carte de l’attaque dirigée par Wittmann

Il lance l’attaque vers 9h, et prend le char Tigre n°222 (chaque char possède un numéro). Le char avance parallèle à la nationale. D’autres chars partent vers l’escadron A pour l’isoler. Il arrose la colonne d’obus, aucun véhicule ne peut manœuvrer. Un soldat se précipite pour se procurer un lance-roquette antichar (PIAT), il est tué au moment où il entre dans le véhicule par un tir de mitrailleuse. Toute la colonne de blindés britanniques flambe jusqu’au carrefour. 

Le char Tigre s’engage rue Clemenceau où stationnent 4 tanks Cromwell, quartier général du 4th County of London Yeomanry. Les 4 sont détruits les uns à la suite des autres.

Wittmann arrive rue Pasteur. Plus bas, sur la place Jeanne d’Arc se trouve l’escadron B du 4th CLY et une compagnie d’infanterie avec une section antichar. Le sergent Stan Lockwood en tête arrête son Sherman Firefly à l’angle de la Place Jeanne d’Arc.

Le char Sherman envoi deux obus sans succès, Wittmann fait alors demi-tour et décide de rejoindre sa compagnie. Le char Tigre est touché par un canon antichar au niveau de la chenille devant le magasin Huet Godefroy au-dessus de la mairie. Nous ne savons pas où était placé ce canon antichar.

Wittmann laisse son char sur le côté, et s’enfuit à pied. Il rejoint le quartier général de la Panzer Lehr Division situé à 7 km au nord de Villers-Bocage au château d’Orbois à Anctoville (voir la carte générale de la bataille).

Char Tigre 222 abandonné par Wittmann en fin de matinée (Bundesarchiv)
Emplacement actuel du char abandonné (Google Maps)

Pendant ce temps sur la côte 213, les troupes britanniques sont encerclées, la situation est intenable. Le lieutenant-colonel Cranley décide de se rendre, il ordonne à ses hommes d’incendier les chars et véhicules encore en état de marche.

Blindés britanniques abandonnées sur la cote 213 (Bundesarchiv)

Les combats de l’après-midi

En fin de matinée, les soldats britanniques prennent possession de Villers-Bocage et se préparent à une seconde attaque allemande. L’infanterie s’installe dans les caves, utilise les soupiraux et les fenêtres pour y placer des mitrailleuses et lance-roquettes. La place de la mairie devient un point central dans la défense de Villers-Bocage, les blindés se placent dans les rues secondaires car les chars Tigre peinent à manœuvrer dans les rues étroites, le but est de pouvoir les attaquer sur les flancs où ils sont plus fragiles.


En début d’après-midi, Michael Wittmann revient avec des renforts :
– Des chars Panzer IV de la Panzer Lehr Division
– Une unité de chars Tigre du bataillon SS chars lourds n°101 dirigée par le capitaine Rolf Mobius

Ils descendent vers le centre-ville par les herbages en parallèle de la route encombrée par les véhicules détruits puis empruntent la rue Georges Clémenceau puis la rue Pasteur. D’autres chars arrivent par la gare et empruntent le Boulevard Joffre. Le piège britannique fonctionne, dans la rue Pasteur plusieurs chars Tigre et Panzer sont détruits. Le matin, un canon antichar de 57mm a été installé dans un chemin au bout de la Rue Jeanne Bacon. De cette position, trois Tigre sont touchés. À droite, un canon anti char britannique 57mm.
Les allemands perdent six chars Tigre et deux Panzer IV.

III) Le repli des Britanniques

C’est pourtant une victoire éphémère pour les Britanniques car les renforts arrivent. Du sud s’approchent deux bataillons de grenadiers de la 2e Panzer Division. Arrivent en renfort par le nord, d’autres Panzer IV envoyés par la Panzer Lehr Division.

Il devient urgent de quitter la ville, la route de Vire est attaquée pour empêcher la retraite des troupes britanniques. L’état-major décide le repli par la route de Caumont L’Eventé, la retraite est couverte par un barrage d’artillerie à la sortie de Villers, au lieu-dit de la Vierge Noire (zone de virages).

Vierge Noire située sur la route de Caumont L’Eventé à la sortie de Villers Bocage

De nombreux fantassins se replient une fois la nuit tombée, certains mettent plusieurs jours à rejoindre leurs unités, ils sont soit cachés par des habitants ou dans les champs. Dans la nuit du 13 au 14 juin, l’artillerie pilonne la ville. Le lendemain matin les troupes sont regroupées sur les hauteurs d’Amayé-sur-Seulles. Ils créent une position défensive d’environ 4km², autrement appelée “Brigade Box”.

Les allemands encerclent la position sur trois côtés. Il est décidé d’évacuer la zone et de se replier sur Livry ou est stationné le quartier général de la division.

En attaquant la zone de repli, les allemands ont subis de nombreuses pertes. Partout les Britanniques utilisaient les talus, les haies et les chemins pour se cacher, les allemands pour attaquer se mettant à découvert furent décimés.
La retraite vers Livry est couverte par des bombardements autour de la zone pour couvrir le bruit des blindés.


IV) Les raisons de l’échec

Cette attaque avait pour but de contourner Caen par l’ouest. La capitale bas-normande était l’objectif du 6 juin.
Si l’attaque du 13 juin avait été un succès, les Alliés auraient pu libérer Caen plus rapidement.
Mais l’Histoire est ainsi …

Le front reste figé jusqu’à la fin du mois de juillet. Le bocage devient infranchissable, les troupes allemandes s’installent dans cette “jungle” normande et profite de cette végétation dense composée de haies et chemins creux.
Le 30 juillet, débute l’opération Bluecoat, (la « Percée du Bocage »), le Général Montgomery lance les XXXe et VIIIe Corps d’Armée à l’assaut du bocage avec comme objectifs principaux, la ville de Vire et la prise du Mont Pinçon, point culminant du Calvados.
Le cauchemar continue pour la petite ville de Villers-Bocage. Le 30 juin, dans le cadre de l’opération Epsom, un terrible bombardement de la Royal Air Force (250 bombardiers) visant à détruire les 2e et 7e Panzer Divisions, détruit une grande partie de la ville.
À la demande de Montgomery, pour s’assurer l’impossibilité totale de mouvement des chars allemands, 270 autres bombardiers viennent larguer plus de 1100 tonnes de bombes et réduisent la ville pratiquement à néant.

Le château situé à la sortie de Villers-Bocage appartenant à la famille de Clermont-Tonnerre, est transformé en hôpital. Il abrite plus de 150 personnes, soigne les blessés et malades et héberge les civils de passage avant l’exode. C’est l’un des seuls bâtiments qui sera épargné.
Le 4 août : la 50e Northumbrian Division libère une ville en ruines.

La ville est entièrement reconstruite. Le 7 mars 1948, on fête la pose de la première pierre toujours visible rue pasteur. L’inauguration de l’hôtel de ville, le 8 juillet 1960 par le président Charles de Gaulle, marque la fin de la Reconstruction.


La maquette de Villers-Bocage avant les bombardements est visible à l’hôtel de ville, sous l’escalier en entrant à gauche. Accès libre aux horaires d’ouverture de la Mairie.



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Balusson Matthieu,
Référent Visites Guidées à l’Office de Tourisme du Pays de Vire.

Article publié le lundi 21 septembre 2020