Accueil » Nos inspirations du moment » Les hôpitaux pendant la Grande Guerre : Vire, Vaudry, Condé-sur-Noireau

Septembre 1914. À peine quelques semaines après le début de la guerre, les premiers blessés arrivent en gare de Vire. Ils seront des milliers à être soignés dans les hôpitaux du Pays de Vire jusqu’à la fin de la Grande Guerre. À l’occasion de l’armistice du 11 novembre, retour sur les hôpitaux de la Grande Guerre à Vire, de Vaudry et de Condé-sur-Noireau.

Un service de santé réorganisé après 1870

Après la guerre de 1870, l’armée française réorganise son service de santé. L’Académie de médecine recommande de rendre ce service autonome. Désormais, les médecins le dirigent, en temps de paix comme en temps de guerre, et ils assument la responsabilité des formations sanitaires. En outre, le chemin de fer facilite l’évacuation des blessés : il permet de les transporter plus vite et dans de meilleures conditions.

À la fin du XIXᵉ siècle, plusieurs décrets du ministère de la Guerre encadrent la collaboration entre le service de santé de l’armée et les trois sociétés de la Croix-Rouge française. Leur but : organiser les soins à l’arrière du front en cas de conflit. Pour s’y préparer, ces sociétés cherchent des locaux pour de futurs hôpitaux auxiliaires. Elles forment aussi du personnel sanitaire et constituent des réserves de matériel médical et de linge. Elles participent aussi à la création d’infirmeries dans les gares, afin de soigner les blessés pendant leur évacuation.

Ainsi, durant la Première Guerre mondiale, les trois sociétés de la Croix-Rouge française réussissent à mobiliser plus de 68 000 infirmières et à mettre en place 1 500 hôpitaux auxiliaires.

Mais quelles sont les trois sociétés de la Croix-Rouge française ?

  • La Société de secours aux blessés militaires (SSBM) : il s’agit de la première société, fondée en 1864 sous l’impulsion du Suisse Henry Dunant. Lors d’un voyage en Italie en 1859, il visite le champ de la bataille de Solférino. Bouleversé par le sort des blessés, dont beaucoup agonisent au milieu des morts, il constate un manque criant de moyens, de nourriture et de personnel soignant.
  • L’Association des dames françaises (ADF) : fondée par le Docteur Auguste Duchaussoy en 1879, ses missions sont la formation des infirmières et l’organisation d’hôpitaux auxiliaires.
  • L’Union des femmes de France (UFF) : fondée en 1881, elle a pour missions principales la création et la gestion d’hôpitaux auxiliaires et la récolte de dons pour les blessés.

Enfin, en 1940, ces trois sociétés fusionnent pour former une organisation unifiée : la Croix-Rouge française.

Les hôpitaux de la Grande Guerre à Vire et dans ses environs

Au début du conflit, le département du Calvados dispose d’une capacité d’accueil de plus de 7 500 lits sur 61 établissements. On y oriente les blessés selon la gravité de leurs blessures. Ils proviennent de différentes régions de France, mais également des colonies. Sur le territoire de Vire et de ses environs, trois établissements hospitaliers accueillent les blessés de guerre :

  • À Vaudry, l’hôpital auxiliaire n° 28, installé à la Communauté de Blon ;
  • l’hôpital auxiliaire n° 114, situé à l’Hôtel-Dieu de Vire, qui dispose également d’une annexe à l’hospice Saint-Louis ;
  • enfin, l’hôpital bénévole n° 10 bis, établi à l’hospice de Condé-sur-Noireau.

Les blessés affluent et les hôpitaux manquent de matériel. Le maire de Vire demande donc aux habitants de donner draps, matelas, lits et couvertures. De son côté, l’Union des femmes de France lance un appel aux dons de linge pour les blessés.

L’accueil des blessés pose aussi des problèmes pratiques. Il faut d’abord les conduire de la gare aux hôpitaux de la ville, et le dénivelé complique la tâche. De plus, l’armée a réquisitionné les automobiles et les chevaux : les moyens de transport manquent. Les blessés montent donc sur des charrettes, ou on les porte à la force des bras, dans des conditions précaires.

L’Hôtel-Dieu de Vire : un hôpital pendant la Grande Guerre

Pendant la Première Guerre mondiale, l’Hôtel-Dieu de Vire devient un hôpital auxiliaire pour accueillir et soigner les soldats blessés. L’Union des femmes de France, l’une des organisations constitutives de la Croix-Rouge française, le gère. Il compte jusqu’à 127 lits.

Pour répondre aux besoins croissants, une annexe de 105 lits ouvre aussi à l’hospice Saint-Louis, à l’emplacement de l’actuel hôpital.

Communauté de Blon : un hôpital auxiliaire à Vaudry

La Société de secours aux blessés militaires gère l’hôpital auxiliaire n° 28, à Blon, sur la commune de Vaudry. Il ouvre avec 20 lits. Puis, en 1915, face à l’afflux des blessés, sa capacité passe à 77 lits.

Nous ne disposons de chiffres que pour l’hôpital de Blon : il accueille 1 353 blessés pendant la guerre, et seuls neuf y meurent, soit moins de 1 %. Les hôpitaux de Vire, plus grands, soignent bien davantage de soldats. Ce faible taux de mortalité peut s’expliquer par la répartition des blessés. En effet, la Normandie reçoit surtout des soldats dont les blessures sont modérées, mais qui ont besoin d’une longue convalescence. Les plus gravement atteints, eux, restent dans les hôpitaux proches des zones de combat.

L’hôpital bénévole de Condé-sur-Noireau

Un autre hôpital, plus modeste, ouvre ses 20 lits à l’hospice de Condé-sur-Noireau en septembre 1914, sur une initiative locale.

Cet hôpital de la Grande Guerre n’a pas le statut d’auxiliaire, mais celui de bénévole (H.B.). Des particuliers ou des acteurs locaux créent ces structures sanitaires pendant la guerre.

Dès les premiers jours du conflit, la municipalité et les médecins de Condé-sur-Noireau se mobilisent afin d’accueillir vingt blessés. À la fin du mois d’août 1914, le sénateur Henry Chéron et le député Charles Benoist se rendent à Condé-sur-Noireau. Ils viennent découvrir les locaux disponibles. Les religieuses de la Miséricorde, responsables de l’hospice, proposent alors leur établissement. Parallèlement, la population organise des collectes d’argent, de nourriture et de linge. Les dons affluent à la mairie, destinés non seulement aux soldats, mais aussi aux réfugiés belges récemment arrivés dans la ville.

Sur place, les médecins locaux soignent les blessés, tandis que des bénévoles aident les religieuses à préparer les repas et à gérer la logistique.

Parmi les vingt premiers blessés figure un habitant de Condé-sur-Noireau, Henri Onfray, né en 1888 et boulanger de profession. Après ses soins dans sa ville natale, on le renvoie au front, où il meurt le 5 décembre 1917 à Craonne, sur le Chemin des Dames. Il repose au cimetière de Pontavert, dans l’Aisne.

Un lourd bilan humain

Ces hôpitaux de la Grande Guerre cessent leur activité entre décembre 1918 et janvier 1919. La Première Guerre mondiale constitue l’un des conflits les plus meurtriers de l’histoire de France. Le bilan humain est particulièrement lourd : 1 397 000 morts et 3 595 000 blessés. Parmi ces derniers, on compte 1 100 000 invalides permanents, 56 000 amputés et 65 000 mutilés, selon les chiffres du Musée de l’Armée. Au total, près de 120 000 infirmières sont mobilisées durant le conflit. Leur contribution est considérable. Au-delà des soins, elles apportent un soutien moral précieux aux soldats blessés, et ce dans des conditions particulièrement éprouvantes.

Pour aller plus loin

  • La brochure Le Calvados dans la Grande Guerre, éditée par les Archives départementales du Calvados
  • Vire-Neuville et la Grande Guerre, Université Inter-Âges de Vire-Normandie, 2024
  • Frédéric Pineau, Les Infirmières dans la Grande Guerre, OREP Éditions, 2024
  • Le site de la Croix-Rouge : notre histoire
Article publié le vendredi 16 octobre 2026