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Ça s’est passé en mai… 1875

Matthieu Balusson, notre guide conférencier vous fait revivre l’inauguration de la chapelle Notre Dame du Bocage à Le Reculey, le 3 mai 1875, véritable lieu de pèlerinage pour les voyageurs.

Archives diocésaines de Bayeux

Qui est Jean-Baptiste Lecreps ?

Né à Vire le 7 juin 1789, il est le dernier d’une fratrie de quatre enfants. Son père Germain est avocat à Vire, une charge qui lui confère la noblesse. Sa mère, Anne Lejeune, est issue d’une famille de drapiers de Vire et s’occupe de ses enfants. Jean-Baptiste n’a qu’un mois quand éclate la Révolution. La famille s’installe alors dans sa maison de campagne au lieu-dit Le Haut Sujet à Sainte-Marie-Laumont. C’est loin du tumulte révolutionnaire qu’Anne donna une solide formation intellectuelle et religieuse à Jean-Baptiste.

Ses capacités lui permettent de fréquenter le collège de Vire puis d’étudier la médecine. D’abord étudiant à Caen, il gagne la capitale, qu’il n’apprécie guère, et soutient sa thèse en avril 1816. Celle-ci a pour titre « Essai sur les degrés de certitude de la médecine, sur son utilité et sa dignité ». Pour le plus grand bonheur de sa mère, il revient à Vire en septembre de la même année. S’il n’avait pas été médecin, Jean Baptiste aurait pu être prête ou moine. Très pieu, il se lève tôt le matin pour lire les Evangiles et est membre de nombreuses confréries religieuses à Vire. Pendant plusieurs années, il tient un carnet personnel dans lequel il écrit toutes ses pensées. Sa piété est telle, qu’il souhaite mourir à 33 ans comme le Christ, la date est fixée au vendredi saint 1822. Pendant plusieurs mois, il prépare sa mort qui n’arrive pas le jour voulu, il décide alors d’entrer au monastère mais les prêtres l’en dissuadent.

En 1826, il tombe gravement malade, et promet d’ériger un sanctuaire à la Très Sainte Vierge Marie s’il guérit. L’année suivante, il guérit et tient sa promesse. Jean-Baptiste Lecreps tombe de nouveau gravement malade pendant le carême 1841. Il est soigné par les religieuses de la Miséricorde. Il multiplie les jeûnes qui le rendent chaque jour plus fragile. Au mois de mai, il perd sa mère, âgée de 83 ans. Début août, il se rend à la chapelle accompagné de son exécuteur testamentaire. Il choisit l’endroit de sa sépulture, à l’extérieur, par humilité. Il décède le 10 septembre de la même année, rue Turpin et est inhumé le 13 septembre. Le cortège depuis Notre-Dame de Vire est immense.

La première chapelle

En 1828, Jean-Baptiste fait édifier un oratoire sur la commune du Reculey sur le bord de la route Caen-Vire. Le terrain appartient à sa mère. La chapelle mesurait 7 mètres par 4 mètres. Une porte en bois à claire-voie ouvrait vers l’intérieur. En entrant on apercevait un autel en bois avec une statue de la Vierge en pierre tenant un chapelet bleu. De chaque côté, se tenaient une statue de Saint-Joseph et Saint Jean-Baptiste. Dans l’embrasure d’une fenêtre se trouvait une chasse en chêne datant de 1834 avec à l’intérieur, le livre des Élus. On pouvait y mettre son nom, afin d’être sous la protection de la Vierge.

Un lieu de pèlerinage local

L’intention du Docteur Lecreps était d’offrir un lieu de recueillement pour les voyageurs qui empruntait la route de Caen à Vire. Très rapidement, le sanctuaire devint un lieu de visite très fréquenté. Les processions réunissaient bien souvent plusieurs milliers de fidèles. En 1847, le Pape Pie IX accorda des indulgences plénières (la remise entière de la peine due au péché) applicable aux âmes du purgatoire, aux personnes qui après confession et communion, visitent la chapelle et y prient aux intentions du souverain pontife aux jours suivants :

  • L’Immaculé Conception (8 décembre)
  • La Purification (2 février)
  • L’Annonciation (25 mars)
  • L’Assomption (15 aout)
  • La Nativité Notre Dame (8 septembre)

En mai 1853, 3 000 enfants y reçoivent la communion.

L’agrandissement de la chapelle

La grande fréquentation du lieu obligea l’abbé Vengeon, curé et chapelain, à détruire l’édifice d’origine pour un plus grand sanctuaire. La nouvelle chapelle est consacrée le 3 mai 1875. L’édifice est construit par l’entreprise Jacquier sur les plans des architectes Jean Martin et Georges Marical basés à Yvetot.

Architecture

La chapelle est bâtie dans un style néo-gothique. Cette architecture est née en Angleterre. La nostalgie du passé médiéval devient alors une source d’inspiration nouvelle. Il faut attendre la Restauration pour que le style néo-gothique connaisse un véritable épanouissement dans les arts. Le style néo-gothique trouve dans l’architecture un fort épanouissement avec notamment Prosper Mérimée, secrétaire de la toute nouvelle Commission des Monuments Historiques et Eugène Viollet-le-Duc, qui entreprend la restauration de nombreux bâtiments gothiques français. Les clochers sont construits plus tard entre 1892 et 1894.

Article publié le vendredi 22 avril 2022