Vous pensez connaître le centre-ville de Vire ? Regardez de plus près : ses pierres, ses rues et ses murs recèlent cinq secrets que même les Virois ne remarquent pas.
Traces des essieux de charrettes à l’église Notre Dame 🐴
Avant la Seconde Guerre mondiale, le vaste parvis et les marches n’existaient pas : un immeuble occupait l’espace. Un passage étroit, la rue du Petit-Cimetière, permettait alors de rejoindre la rue Saulnerie. Ce passage était si resserré que les essieux des charrettes ont creusé la pierre d’angle de l’église à force de frottements.

Extrait du plan cadastral de Vire de 1833
Archives Calvados, 3P/1984

Vire, église Notre-Dame, par Henri Dannet
Archives du Calvados, 42FI/88/5
Cette gouache signée Henri Dannet, peintre normand du début du 20e siècle, représente ce passage avec une précision unique. C’est la seule image connue de cet espace aujourd’hui disparu.

Traces observables aujourd’hui sur l’église
Traces d’anciennes boutiques (Logettes) autour de l’église 🛍️
Au-delà des traces laissées par les bombardements, les murs extérieurs de l’église portent encore les marques des logettes. Ces petites échoppes étaient adossées à l’édifice pendant près de trois siècles. Au 17e siècle, la Fabrique de l’église Notre-Dame, l’organisme chargé de son entretien, louait les abords de l’église à des poissonniers, générant ainsi des revenus pour la paroisse.

Estampe de l’église Notre Dame par Isidore Deroy, vers 1860 Collections Musée de Vire
À cette époque, la consommation de poisson était très importante. Avec près de 150 jours de jeûne par an (Carême, vendredis, Avent, veilles de fêtes selon les diocèses), durant lesquels l’Église proscrivait la viande, le poisson constituait un élément essentiel de l’alimentation.
D’abord au nombre de sept, les échoppes se sont multipliées progressivement jusqu’à entourer entièrement l’édifice. Au fil du temps, leur activité s’est diversifiée : sabotiers, vanniers et cordonniers sont venus s’y installer. Les bombardements des 6 et 7 juin les ont détruites et les Monuments nationaux en ont interdit la reconstruction afin de préserver le bâtiment.

Traces des dégrations
Rue aux Fèvres ⚒️
Dans la ville médiévale de Vire, de nombreux métiers se pratiquaient directement dans la rue. Faute d’éclairage suffisant dans les habitations, les habitants vivaient largement à l’extérieur, et commerçants comme artisans investissaient l’espace public : sabotiers, cordonniers, barbiers ou encore marchands. Les activités s’organisaient par quartiers, comme en témoignent encore aujourd’hui certains noms de rues : rue de l’Ancienne-Poissonnerie, rue de l’Ancienne-Boucherie, rue Saulnerie ou rue Foulerie.
Afin de limiter les risques d’incendie, les maisons étant majoritairement construites en bois, les boulangers et les forgerons ne pouvaient exercer à l’intérieur de la ville fortifiée. Ces métiers étaient donc relégués dans les faubourgs. La rue aux Fèvres en est une illustration : elle abritait au Moyen Âge des artisans spécialisés dans le travail du métal. Le terme « fèvre » provient d’une déformation du latin « faber », qui signifie forgeron.
Rue de la Sous-Préfecture 🐎
La rue a été aménagée spécialement pour desservir la sous-préfecture et faciliter les déplacements des attelages. Sous le règne de Napoléon, un notable de Vire, Guillaume Cahours, négociant, fait édifier rue des Cordeliers un élégant hôtel particulier en granit. À l’arrière, son jardin offre une vue remarquable sur les Vaux de Vire. À son décès en 1834, une partie de ses biens est mise en vente. En juin 1840, le département acquiert cette propriété afin d’y installer la sous-préfecture de Vire.
Le 19e siècle correspond à l’âge d’or de l’utilisation du cheval, juste avant l’arrivée du chemin de fer. La sous-préfecture possède alors ses propres écuries et voitures, situées à l’entrée du bâtiment. Toutefois, les manœuvres dans la rue des Cordeliers se révèlent difficiles. En 1845, la ville ouvre donc la rue de la Sous-Préfecture, tracée en ligne droite jusqu’à la route départementale, afin de faciliter la circulation des attelages.

Entrée de la sous-préfecture seconde moitié du 19e siècle Archives Calvados, Atlas des bâtiments départementaux, CPL/1334/88
L’entrée de la Sous-Préfecture au 19e siècle : la remise à gauche et l’écurie à droite.

Extrait plan cadastrale de Vire de 1833
Archives Calvados, 3P/1984
Plan de Vire quelques années avant la création de la rue, la sous-préfecture entourée en rouge
Rue du Mondial 1998 ⚽
À deux pas de la rue Saint-Clair, une plaque discrète rappelle l’un des étés les plus euphoriques de l’histoire du football français. En juillet 1998, après la victoire des Bleus face au Brésil en finale de la Coupe du monde, le maire de Vire Jean-Yves Cousin décide de baptiser une toute nouvelle rue « rue du Mondial 1998 ».
Vingt ans plus tard, aucune « rue du Mondial 2018 » n’a vu le jour à Vire. Et 2026 ? La prochaine Coupe du monde se dispute cet été en Amérique du Nord. Si les Bleus s’imposent à nouveau, une rue de la ville en prendra peut-être le nom qui sait !






