Accueil » Le blog » L’histoire du train dans le Pays de Vire 🚂

Quand on évoque le train, on pense souvent aux grandes lignes et aux gares parisiennes. Pourtant, il a profondément marqué la vie de territoires plus discrets, comme celle de notre destination.

De la première ligne de chemin de fer à la reconstruction d’après-guerre, des grandes foires agricoles aux reconversions touristiques, le rail a façonné le paysage, l’économie et le quotidien des habitants. En remontant le fil du temps, découvrez comment le train a transformé le Pays de Vire et comment son héritage continue de vivre autrement.

Les débuts du rail en France

La première ligne de chemin de fer française

L’histoire ferroviaire française débute en 1827 avec l’inauguration de la ligne Saint-Étienne–Andrézieux, longue de 21 km. Elle permet d’acheminer le charbon des mines de Saint-Étienne jusqu’à la Loire, grâce à des convois tractés par des chevaux. Il faut attendre 1837 pour voir apparaître la première ligne destinée au transport de voyageurs. Il s’agit de la ligne Paris–Le Pecq (Yvelines), d’une longueur de 18 kilomètres, située à proximité de Saint-Germain-en-Laye.

La première catastrophe ferroviaire

Le 8 mai 1842 survient l’accident de Meudon, considéré comme la première grande catastrophe ferroviaire en France. Ce drame marque le dernier voyage du contre-amiral Dumont d’Urville, né à Condé-sur-Noireau. Ce jour-là, à l’issue d’une sortie familiale au spectacle des Grandes Eaux de Versailles, il embarque avec son épouse Adèle et leur fils Jules à bord d’un train à destination de Paris. À hauteur de Meudon, le convoi déraille avant de prendre feu. Les voyageurs, enfermés dans des wagons verrouillés de l’extérieur, se retrouvent piégés. L’accident fera 55 victimes et de très nombreux blessés.

L’arrivée du train en Normandie

L’expansion du réseau ferroviaire se poursuit avec l’arrivée du train en Normandie le 3 mai 1843, avec l’inauguration de la ligne Paris-Rouen. Quatre ans plus tard, en 1847, cette ligne est étendue jusqu’au Havre.

Le développement ferroviaire dans le Pays de Vire

La Gare de Vire

La première ligne ferroviaire à desservir notre territoire est celle de Paris–Granville. Elle est mise en service progressivement par sections :

  • Le 16 septembre 1867 pour le tronçon Flers–Vire
  • Le 3 juillet 1870 pour le tronçon Vire–Granville

L’arrivée du train à Vire ne passe pas inaperçue. Pour l’inauguration de sa gare, la ville déploie de grands moyens et organise de fastueuses célébrations. Les autorités sont au rendez-vous, préfet et députés sont accompagnées de fanfares, d’un défilé des sapeurs-pompiers et du clergé, venu bénir les wagons.

Le centre-ville est richement pavoisé pour l’occasion. Les festivités se poursuivent avec une retraite aux flambeaux, des jeux équestres organisés sur la place du collège (actuel champ de foire) et se concluent par un feu d’artifice tiré depuis le donjon.

La gare est anéantie lors des bombardements alliés du 6 juin 1944. Sa reconstruction débute en 1952 et elle est de nouveau mise en service en 1956.

La ligne Caen–Flers

La deuxième ligne ferroviaire à traverser notre territoire est la ligne Caen–Flers. Elle emprunte l’itinéraire passant par Condé-sur-Noireau et permet de rejoindre, à Cerisy Belle Etoile, la ligne Paris–Granville. Le dernier tronçon de cette ligne est mis en service en 1873. Contrairement à la ligne Paris Granville, celle-ci s’arrêta en 1970 pour les voyageurs et 1987 pour les marchandises.

La ligne Caen–Vire et le Viaduc de la Souleuvre

La dernière ligne a traverser notre territoire est la ligne Caen-Vire. Le tronçon reliant Caen à Aunay-Saint-Georges est inauguré le 22 août 1886, suivi de celui d’Aunay-Saint-Georges à Vire, mis en service le 1er juin 1891.  Cette ligne disparaît également après la Seconde Guerre mondiale : le trafic voyageur cesse en 1938, tandis que le transport de marchandises s’éteint progressivement entre 1954 et 1989.

Le Viaduc de la Souleuvre, érigé entre La Ferrière-Harang et Carville, reste aujourd’hui le principal vestige de cette ligne. Construit de 1887 à 1889 d’après les plans de Gustave Eiffel, sous la direction de l’ingénieur Charles Rabut. Il mesure 364,20 m de longueur et culmine à 62,50 m de hauteur. Le tablier métallique, composé de poutres à treillis en fer, repose sur cinq immenses piles de granit, réalisées en pierres de taille de Montmartin-sur-Mer, une pierre calcaire à la teinte gris/bleu, le couronnement des piles (semblable à des machicoulis) est en granit de la région de Vire.

Mis en service en 1893, le viaduc permettait à quatre trains de voyageurs de circuler chaque jour sur la ligne à voie unique reliant Caen et Saint-Lô à Vire, via l’embranchement de Guilberville. En novembre 1908, cette ligne est intégrée au réseau de la Compagnie des chemins de fer de l’État, puis en 1938 à la SNCF.

Trop coûteuse à entretenir, la liaison voyageuse est supprimée en 1938. Le viaduc a miraculeusement échappé au sabotage et aux bombardements alliés lors de la Libération. Les Américains remettent en état la voie à partir du 28 août 1944.

« Si j’connaissais le con qui a fait sauter le pont… »

Malgré les efforts du maire de Carville, M. Xavier de Guerpel, pour sauver le viaduc, la décision est prise de supprimer l’ouvrage, provoquant l’indignation de la population. Des lettres et signatures (60 000) de soutien affluent, notamment de René Legrain Eiffel, petit-fils de Gustave Eiffel. Mais rien n’y fait.

La SNCF avait déjà résilié son bail en 1964, emportant rails et traverses. L’administration des Domaines, devenue propriétaire, revend ensuite la ligne en lots aux particuliers et aux communes. Faute d’acheteurs pour le viaduc, des ferrailleurs sont même consultés pour estimer le coût de sa démolition. À l’origine, la démolition complète du viaduc était envisagée, mais le poids des pierres, atteignant 350 voir 400kg chacune, risquait d’obstruer le cours de la rivière. Les autorités ont finalement choisi de ne supprimer que le tablier.

L’entreprise lyonnaise Chometon était chargée de la démolition programmée pour le 13 juin 1970. Toutefois, le 12 juin en fin de journée, une partie du tablier s’est effondrée de manière imprévue, entraînant le déclenchement des charges explosives mises en place pour l’opération blessant un ouvrier sur le site.

Ce que le train a apporté au territoire

L’arrivée du chemin de fer désenclave un territoire jusque-là difficile d’accès et transforme profondément la vie locale. À la fin du 19ᵉ siècle, le trafic des voyageurs ne cesse de croître. Le vendredi, jour de marché à Vire, des omnibus supplémentaires sont mis en service pour répondre à l’afflux de passagers. Les produits locaux, comme le beurre, les œufs ou encore le bétail (volailles et bovins) sont transportés en grande quantité vers la capitale. Les foires, en particulier celle de Villers, deviennent des événements majeurs : elle figure parmi les plus importantes foires aux bestiaux de l’ouest du pays. 200 m de quais furent spécialement aménagés pour permettre le transfert du bétail. Le chemin de fer transforme profondément l’économie régionale et structure le quotidien des habitants, et l’industrie locale (Vire, Condé sur Noireau).

Après la Seconde Guerre mondiale, le chemin de fer s’est progressivement retiré du territoire au profit de l’automobile. Les villes et villages reconstruits dans les années 1950 et 1960, selon de nouveaux principes d’urbanisme, ont été adaptés à la circulation des voitures et des camions : élargissement des chaussées, création de ronds-points et aménagement de voies rectilignes, entre autres.

De la disparition aux reconversions touristiques

Les anciennes infrastructures ferroviaires constituent aujourd’hui un atout majeur du tourisme local, accueillant des activités telles que le saut à l’élastique, le vélorail, les voies vertes ou encore des haltes dédiées aux randonneurs.

Des lieux transformés

Sélection de quelques gares encore existantes

Gare de Vire Normandie

  • La ligne Paris-Granville est encore en activité.

Gare de Villers-Bocage

Gare de Saint-Sever-Calvados

Sources : Archives Départementales Calvados, Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque Nationale de France
Bibliographie : Albert Desile, L’Teimps d’aôt fais. Gens et choses de Normandie, Editons OCEP la Manche Libre, 1983.
Vire : Mille ans d’histoire, Section cartophile Association des collectionneurs virois, ACV, 1987

Article publié le vendredi 16 janvier 2026